D'encre et d'horizon

10 août 2009

Bibliographie

BIBLIOGRAPHIE
(Les essais de Philippe Jones sont signés Philippe Roberts-Jones)

Le Voyageur de la nuit, poésie, Bruxelles, La Maison du Poète, 1947, préface de Mélot du Dy.

Grand Largue, poésie, Bruxelles, La Maison du Poète, 1949.

Seul un arbre, poésie, Paris, Librairie Les Lettres, 1952.

Amour et autres visages, poésie, Paris, Librairie Les Lettres, 1956 (augmenté de «Jusqu'aux limites accordées», publié dans les Cahiers du Sud, n° 349, Marseille, 1958).

La Presse satirique illustrée entre 1860 et 1890, essai, Paris, Institut français de Presse, 1956.

Quatre Domaines visités, poésie, Bruxelles, L'Atelier du Livre, 1958.

«Extrait d'un bloc-notes», poésie, Bruxelles, Marginales, décembre 1958.

De Daumier à Lautrec, essai, Paris, Les Beaux-Arts, 1960.

La Caricature du Second Empire à la Belle Époque 1850-1900, essai, Paris, Le Club français du Livre, 1963.

Daumier. Moeurs conjugales, essai, Paris, Vilo, 1967.

Ramah, essai, Bruxelles, Meddens, 1968.

Du réalisme au surréalisme, essai, Bruxelles, Laconti, 1969.

Graver au vif, poésie, Lausanne, Rencontre, 1971 (augmenté de textes publiés dans Marginales, Bruxelles, juin-juillet 1971).

Jaillir saisir, poésie, Bruxelles, Le Cormier, 1971.

Magritte poète visible, essai, Bruxelles, Laconti, 1972.

Être selon, poésie, Bruxelles, Le Cormier, 1973.

Le Sens et le fleuve, poésie, Braine-le-Comte, Lettera Amorosa, 1974.

Bruegel. La chute d'Icare, essai, Fribourg, Office du Livre, 1974.

L'Art majeur, Bruxelles, essai, Jacques Antoine, 1974.

Racine ouverte, poèmes 1944-1975, poésie, Bruxelles, Le Cormier, 1976, préface de René Char (ce volume, qui reprend les recueils précédents, est augmenté de Temps venant et De pas et de pierre).

Friedlaender. Tableaux, Bilder, Paintings, essai, Stuttgart, Manus Press, 1976. Lismonde, essai, Bruxelles, Laconti, 1977.

La Peinture irréaliste au XIXe siècle, essai, Fribourg, Office du Livre, 1978.

D'un espace renoué, poésie, Bruxelles, Le Cormier, 1979.

Paroles données, poésie, Bruxelles, Le Cormier, 1981.

L'Alphabet des circonstances. Essais sur l'art des XIX etXXe siècles, essai, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 1981.

Van Lint, essai, Bruxelles, Ministère de la Communauté française, 1983.

René Carcan, essai, Bruxelles, Les Éditeurs d'art associés, 1984.

André Willequet ou la multiplicité du regard, Bruxelles, Labor, 1985.

Image incendie mémoire, poésie, Bruxelles, Le Cormier, 1985.

Jos Albert, essai, Bruxelles, Lebeer-Hossmann, 1986.

D'encre et d'horizon, poèmes 1981-1987, poésie, Paris, La Différence, 1989.

L'Embranchement des heures, fiction, Paris, La Différence, 1991.

Le Double du calendrier, fiction, Paris, La Différence, 1993.

Toi et le tumulte, poésie, Bruxelles, Le Cormier, 1993.

Le Temps hors le temps, poésie, Bruxelles, Le Cormier, 1994.

Image donnée, image reçue, Bruxelles, essai, Académie royale de Belgique, 1989.

Octave Landuyt. Aurum Flandriae, essai, Zellik, Roularta Art Books, 1994.

Bruxelles fin de siècle (sous la dir. de), essai, Paris, Flammarion, 1994.

Du réalisme au surréalisme, nouvelle éd., essai, Bruxelles, Cahiers du Gram, Université Libre de Bruxelles, 1994.

Ivan Lackovic Croata, gravures, essai, Zagreb, Belus, 1994.

La Peinture abstraite en Belgique 1920-1970, essai, Bruxelles, Crédit Communal, 1996.

L'Art au présent. Regards sur un demi-siècle (1960-1990), essai, Bruxelles, La Lettre volée, 1996.

Signes ou traces. Arts des XIXe et XXe siècles, Bruxelles, essai, Académie royale de Belgique, 1997.

Pierre Bruegel l'Ancien (en collaboration avec Françoise Roberts-Jones), essai, Paris, Flammarion, 1997.

Le soleil s'écrit-il soleil, poésie, Bruxelles, Le Cormier, 1997.

L'Angle de vue, fiction, Paris, La Différence, 1997.

L'Art pour qui, pour quoi?, essai, Bruxelles, Labor, 1999.

L'Instant multiple, fiction, Paris, La Différence, 2000.

Le Miroir et le vrai, poésie, Echternach, Phi, 2001.

Domaines en cours, poésie, Bruxelles, Le Cormier, 2001.

Chansons doubles, poésie, Châtelineau, Le Taillis Pré, 2002.

Jacques Moeschal ou la sculpture architectonique, essai, Bruxelles, CFC-Éditions, 2002.

L'Ombre portée, fiction, Paris, La Différence, 2003.

«Le fait des autres», fiction, Marginales, n° 252, hiver 2003.

Le Jour venant, poésie, Bruxelles, Le Cormier, 2004.

«Toile pour un été», fiction, Marginales, n° 254, été 2004.

«Le miel du temps», fiction, Marginales, n° 256, hiver 2004.

De l'espace aux reflets. Arts et lettres, essai, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 2004.

Poésie 1944-2004, Paris/Bruxelles, Éditions de La Différence/Éditions de l'ARLLFB, 2005.

Fictions 1991-2004, Paris/Bruxelles, Éditions de La Différence/Éditions de l'ARLLFB, 2005.

Au-delà du blanc, poésie, Bruxelles, Le Cormier, 2008.

(Bibliographie extraite du site de l'Académie des lettres)

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05 août 2009

Biographie de Philippe Jones (Académie royale)

jones

Issu d'une famille de juristes d'origine anglaise, Philippe (Roberts-) Jones naît à Ixelles le 8 novembre 1924. Son enfance est heureuse dans la maison familiale, au sein d'un milieu intellectuel et artistique, mais après ses études à l'Athénée d'Uccle, il tombe gravement malade puis perd son père, fusillé pour résistance aux nazis (1943). Ces épreuves ne paraissent pas étrangères au déclenchement de sa vocation poétique : Le Voyageur de la nuit (1946) le situe d'emblée parmi les poètes de l'aube accordée, au double sens du don et de l'harmonie. Sachant que la nuit rend toujours ses morts, il veut recréer, fût-ce à usage personnel, un ordre, ressaisir le monde à ses origines, au bouillonnement des formes qui se cherchent pour les mener à des structures stables, voire fixes mais constamment variées. Cette démarche d'essence classique ne se démentira pas au courant de quelque vingt recueils de poésie.

Membre de l'Armée secrète, engagé volontaire, Jones devient officier de liaison, puis suit à l'Université libre de Bruxelles deux années de droit mais s'oriente vers l'histoire de l'art. D'un séjour de deux ans à Paris, il ramène sa thèse de doctorat, analysant et synthétisant l'histoire de la caricature française : De Daumier à Lautrec. Revenu en Belgique, il occupe diverses fonctions : inspecteur des bibliothèques publiques, attaché culturel au cabinet du ministre Charles Moureaux (1958), il est bientôt nommé conservateur en chef des Musées royaux des Beaux-Arts (1961 à 1985); il s'y consacrera à la rénovation intérieure du Musée d'art ancien (1974), à l'établissement d'un Musée provisoire d'art moderne puis à sa recréation originale et définitive (1984).

Nommé professeur d'histoire de la gravure à l'Université de Bruxelles, il y fonde une importante section d'art contemporain. Parallèlement, il poursuit une œuvre de critique artistique ample et variée puisqu'elle s'étend sur plus d'une centaine d'essais, articles et ouvrages, couvrant des matières aussi diverses que La presse satirique illustrée entre 1860 et 1890 (1956), La caricature du second Empire à la Belle Époque (1963), Du réalisme au surréalisme (1969), La peinture irréaliste au XIXe siècle (1978), des études consacrées aux créateurs contemporains, souvent ses amis comme Magritte (1972), Lismonde (1977), Van Lint (1983), Willequet (1985), Jos Albert (1986), Jo Delahaut, Gaston Bertrand et d'autres. Nombre de ses écrits sur l'art sont réunis dans les volumes : L'Art majeur (1974), L'Alphabet des circonstances (1981) et Image donnée, image reçue (1989). Critique compréhensive et aussi dénonciatrice, elle ne se borne pas à l'éloge intelligent mais souligne les crises, les faiblesses inhérentes aux nouveaux cultes esthétiques : ainsi, lorsque la convention de l'anti-conformisme ne garantit plus la facture des choses, le poète-critique y oppose la réflexion, un terme-clé dans son ambiguïté même.

Or on n'oublie pas en (Roberts-)Jones l'incessant dialogue de la parole et de l'image, si bien que le poète construit, en longue patience, ce qu'il estime d'abord chez les plasticiens : la beauté des lignes nettes; car il s'agit moins d'enrichir le langage que de l'épurer et l'œuvre poétique en fournit la preuve. Si l'on y distingue d'ordinaire deux périodes, l'une écrite de 1944 à 1958 et constituée des six premiers livres, l'autre égrenant des publications à partir de 1971, il ne faut pas voir là de rupture d'inspiration mais plutôt un approfondissement et un aiguisement du regard en même temps qu'un resserrement formel qui n'hésite pas à créer une beauté abstraite, voire énigmatique. Seul un arbre (1951) fondait bien le paysage du poème puisque la présence droite d'un tronc, qui est lieu d'échanges de la racine à l'oiseau, contredit le plan de l'horizon et définit ainsi l'espace, un lieu d'être où la structure de la nature peut évidemment se reporter au niveau de la vie morale.

Mais dans l'écriture de la maturité, Graver au vif (1971), Être selon (1973), D'un espace renoué (1979), ou Image incendie mémoire (1985), Jones concrétise cet espace dans la forme même du poème, alternant savamment la verticalité du texte en vers brefs et l'horizontalité du verset, à moins qu'il n'articule des espaces-miroirs où des groupes d'écriture s'organisent parallèlement autour d'un vers central charnière et porteur de sens (jusqu'à la tentation de l'aphorisme), si bien que les plans du poème se répondent rythmiquement en successions de temps coulés et de temps forts.

De même, à la poursuite du mot concret, juste, coloré, et dont parfois le poète joue, comme dans ses Quatre domaines visités (1958), répondent les évocations de Jaillir saisir (1971), où la pénétration d'univers artistiques aussi différents que ceux de Villon et de Schwitters, d'Alechinsky ou de Brancusi, révèle une sensibilité ouverte mais non moins soucieuse à la fois d'élan et de parachèvement, de spontanéité et de maîtrise. Pareil artisanat de précision fait songer parfois à quelque démarche rhétorique; elle s'inscrit en fait dans une tradition française qui relie le trobar clus à Reverdy et à Char et ce n'est pas par hasard qu'après avoir reçu le Prix du Rayonnement français, l'ensemble de l'œuvre a été couronnée par le Grand Prix de poésie de l'Académie française (1980). Au reste, c'est la valeur du témoin, la justesse du rapport qui tranche notait Jones (Bloc-notes, 1958) dont les derniers recueils, D'encre et d'horizon (1989), Toi et le tumulte (193) ou Le Temps hors le temps (1994), affrontent le sens de l'humain et de l'écrire, questionnent inlassablement notre aléatoire être-image dans la prolifération de l'espace-temps. Récemment, Jones a aussi publié deux recueils de récits courts, originaux, où les instantanés sociaux sont prétextes à images poétiques et réflexions morales.

(Biographie extraite du site de l'Académie royale de de Belgique)
Voir aussi la notice sur Philippe Jones de Wikipedia


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30 juillet 2009

Poème (Le soleil s'écrit-il soleil)

         

 la pierre et le torrent, qui luttent dans l'amour,
prendront-ils une forme identique à l'effort, galets de
même source, d'une égale rondeur; mais l'autre, le divers
n'est-il pas ce garant, cette chance à l'écho

Le regard ne s'émeut qu'à l'orée du hasard







Philippe Jones

Extrait du recueil
"Le soleil s'écrit-il soleil"
(Éditions Le Cormier 1997)

Eléments de biographie sur Wikipedia

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29 juillet 2009

Poème (Le jour venant)

arrive un temps où l'on mesure
ce qui reste à courir
à la recherche d'un soi-même

un orage d'hiver
cumule en noir et blanc
il divise le froid
fait claquer ses grêlons

revient ce temps ce temps qui passe
aux miroirs aux écueils
où tout silence est noyé d'encre

l'on se trouve et retrouve
la chaleur un orage
dissipe l'idée fixe
joue l'effusion du corps

la racine affleure et rampante
voudrait rompre le temps
ce temps qui vient ourler une ombre


Philippe Jones

Extrait de Le jour venant

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28 juillet 2009

Ecrits de mots opaques

brouiller le vol ou cacher la forêt
traquer l'envie
qui trafique la terre
le mal est-il prégnant tel un muscle figé
dans le miroir de l'autre
par cette envie
d'être un oiseau lorsqu'il y a limace

***

le temps s'écoule en pluie
en arasant toute raison
et le ton se dilue
dans ce non-dit où la coulée
phagocyte une trace
il pleut imperturbablement
aux jetées de l'errance

***

ce déluge est image en continu
et sa durée
reflète indéfinie
une houle d'orgueil sans écume d'oiseau
se résume soi-même
se fait durée
sans pesée ni limite à ce qui passe

***
une feuille un regard
et le désir de l'écriture
qui se fonde un support
de ligne en grain de cercle en fruit
dans l'arbre du regard
appelle au jour et pour cueillir
tout le vivant d'un corps

***

dans ce matin et le souffle et ses plumes
et le soleil
tracent un plein navire
éveillent une phrase qui s'était engloutie
le son devient rumeur
sous le soleil
le clapotis des mots se fit audible

Philippe Jones
Extrait de "Le temps hors le temps"

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27 juillet 2009

La falaise et l'oiseau

Le soir tend une branche déserte

     hostile au dehors la pluie tombe droite, l'horizon tire ses volets ; à l'ombre de soi-même, plus d'un chasseur nous guette et piège tout amour

Sans syllabe d'oiseau
l'hiver caille le sang

   aucun sommeil ne peut effacer un silence, attendre c'est nager au fond des puits, se mouvoir fait battre les veines et des bourgeons se gonflent

Un oiseau appareille
où le destin s'agite

     le temps, s'il est seul maître à bord, suit des tracés divers ; de la tension de l'arc aux détours des nuages, la main est vive ou le regard distrait

On ne distingue bien
que ce qui nous ressemble

    un angle fuit, là des mots se répondent, selon l'instant, selon l'humeur, l'attente et son écho, tu t'en vas au lointain si tes jambes ne s'ouvrent

Un oiseau vrille l'air
il habite le coeur

     si ta lèvre est de pierre, s'il trouve ton épaule, il écarte, il appuie au courant des années, sa présence est mémoire, il traverse le ciel

Seul un témoin vivant
permet que l'on avance

  un mot s'ajoute et un regard, et l'un à l'autre, dans le croassement des jours,  petite fille, le soleil vient choisir l'école de ta joie

Un arbre rit de tout son feuillage


Philippe Jones, extrait de La falaise et l'oiseau

in Être selon, 1971-1972

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